Les élus qui se revendiquent du Front de Gauche ne s'opposent pas à la création de logements mais réclament une vraie mixité sociale

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TRIBUNE DES ELUS COMMUNISTES/FASE,

RASSEMBLEMENT DE LA GAUCHE CITOYENNE ET PARTI DE GAUCHE

 

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Dominique ATTIA, Stéphane BELTRAN, Muriel BENSAID, Jean-Jacques SEREY,

Danièle CREACHCADEC, Gaylord LE CHEQUER, Juliette PRADOS.

 

 

 

Les élus qui se revendiquent du Front de Gauche

ne s’opposent pas à la création de logements

ils réclament une véritable mixité sociale

 

 

La politique d’aménagement et d’urbanisation de la ville a, une nouvelle fois, fait l’objet de sorties théâtrales et grotesques lors de la dernière séance du Conseil municipal. Les arguments échangés, et les propos caricaturaux qui ont été tenus de part et d’autres, n’engagent en rien les élus que nous sommes et qui restent attachés, en matière de politique du logement, à une approche responsable et crédible conforme aux idées et propositions issues du programme partagé du Front de Gauche.


De ce point de vue, nous nous sentons bien plus proches des idées rappelées par notre ami et collègue Gabriel Amard, membre de l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon lors d’un récent colloque sur le thème « Ralentir la ville pour une ville solidaire ». Qu’a-t-il dit ?

 

« Nous attachons une grande importance à construire une ville qui œuvre au ralentissement des temps aliénants : travail et consommation en particulier. L’urbanisme est le premier outil, la planification notre méthode. Oui, nous entendons planifier les diverses politiques publiques qui contribuent à façonner la ville dans les domaines clés que sont l’économie, l’aménagement urbain, l’environnement. Planifier, c’est anticiper les besoins, définir les moyens, prévoir les étapes, fixer les moyens. […]. Un outil et une méthode donc et un défi en forme de paradoxe apparent : pour ralentir la ville, il faut la densifier. »

 

Ce point de vue, que nous partageons, est d’ailleurs celui des communistes eux-mêmes qui, à l’instar du Président du groupe Communiste et Parti de Gauche au conseil de Paris, défendent l’idée selon laquelle « il n'y aura pas de ville durable sans densification ni les moyens d'une véritable mixité sociale en matière de logement. »

 

Oui. Aucun élu se revendiquant et s’assumant pleinement comme issu du Front de gauche ne peut s’opposer au principe de densification. A Montreuil, les élus des groupes communiste, rassemblement de la gauche citoyenne et parti de gauche n’ont eu de cesse de rappeler qu’ils sont favorables au principe de densification de la ville qui permet de lutter contre l’étalement urbain et ses conséquences sociales et environnementales. Leur position n’a pas varié et n’évolue pas au grès de stratégies politiciennes de courte vue.

 

Là où nous divergeons avec la majorité municipale, c’est sur les garanties et les moyens dont se dote notre ville pour assurer une véritable mixité sociale en matière de logement. Là où nous divergeons c’est sur le comment planifier, comment anticiper, comment contrôler notre politique urbaine permettant ainsi à une ville comme la nôtre d’assumer l’ensemble de ses fonctions et en particulier celle de la mixité sociale qui fait de Montreuil cette ville si particulière de la Seine-Saint-Denis où il fait bon vivre, ensemble. Là où nous sommes critiques, c’est sur les moyens dont se dote la municipalité pour renforcer les services publics, pour répondre aux besoins premiers des citoyens ou encore pour préserver des espaces de nature pour un cadre de vie amélioré. Là où nous divergeons c’est sur la décision de la ville de confier à un aménageur privé l’aménagement d’une ZAC aussi importante que la ZAC Accacia alors que des opérateurs tels que MODEV ou Séquano Aménagement offraient toutes les garanties. Comme nous l’avons dit à l’occasion du débat sur le Plan Local d’Urbanisme, ce qui manque à ce projet c’est une ambition et des moyens qui permettent une irrigation de la ville en activités économiques diversifiées, pourvoyeuses d’emplois pour les habitants et de vie pour les quartiers. Une politique économique menée en bonne intelligence, tirant les conséquences du passé, avec une approche équilibrée sur le territoire montreuillois. Penser la ville de demain et aux générations futures, c’est aussi réserver plus de terrains pour de l’activité et ainsi mieux maîtriser le foncier qui permet de lutter contre la spéculation. C’est aussi geler des terrains pour réserver des espaces pour des projets d’avenir. C’est cela, une politique de développement durable.

 

La municipalité n’a de cesse d’asséner qu’elle entend construire et densifier pour répondre aux demandes et besoins en logements. Très bien. Nous sommes d’accord. Mais encore faudrait-il qu’elle concerte et qu’elle prenne le temps du partage avec les habitants eux-mêmes au lieu de se satisfaire de réunions auxquelles participent plus de représentants de la ville que d’habitants. Et puis, par-dessus tout, pourquoi ne répond-elle pas à nos questions sur la répartition de ces logements par typologie (combien de logements très sociaux effectivement réservés aux plus démunis ?) ; sur le montant moyen du loyer pour chaque type de logement ou encore sur le nombre réel de demandeurs relogés, parmi les 6 000 demandeurs en attente ?

 

Nous ne faisons pas de procès d’intention à la municipalité, nous ne faisons que constater la pente dans laquelle elle a engagé et précipité notre ville depuis 2008 avec les conséquences spéculatives que nous connaissons. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : « en 2010, le loyer de «marché» s'établit en moyenne à 12,3 euros par mètre carré. Les prix peuvent cependant descendre à 3,5 euros/m2 ou grimper jusqu'à 54 euros/m2. Les studios restent toujours plus chers, 16,4 euros/m2 en moyenne, alors que les 5 pièces et plus ont des loyers moyens de 9 euros/m2. Mais ce qu’il faut noter, c’est que c’est la ville de Montreuil (+7,4%), plus encore que celle de Rueil-Malmaison (+6,8%), ou encore de Lyon (+5,9%) qui a connu les plus fortes hausses de loyers alors qu’en comparaison, la capitale n'a pris que 3,2%.

 

Mais plus grave encore, en 2012, le prix du loyer au m² place la ville de Montreuil juste derrière des villes comme Rueil-Malmaison, Antony ou encore Neuilly-sur-Seine.

 

Ce qu’un élu du Front de Gauche aurait à reprocher à la majorité municipale, ce n’est pas de densifier, c’est de rompre les équilibres de mixité sociale et de développer une politique qui encourage la spéculation au lieu de la maîtriser. Contrairement aux bêtises entendues lors d’un précédent conseil municipal en réponse à l’interpellation de notre collègue Jean-Jacques SEREY où des élus de la majorité ont moqué l’héritage du logement social issu de villes comme la nôtre, « l’urbanisme des années 1960 et 1970 a moins pêché par son intensité que par son inaccomplissement. Des ensembles de logements extrêmement denses ont été construits sans que les donneurs d’ordre ou les financeurs (l’État en premier lieu et singulièrement en région parisienne) ne se préoccupent de l’accompagnement au travers des services de proximité que ce soient les services publics, les commerces, les lieux de loisirs et de culture... Là est le problème premier. De ce point de vue, la densification massive qui s’opère actuellement dans un quartier tel que celui du Bas-Montreuil Bobillot ne s’accompagne pas, selon nous, de réponses satisfaisantes en terme d’équipements publics ; l’école de l’Ilot 104 ne concernant pas les enfants de ce secteur de la ville.

 

Notre rôle d’élus, avant même la construction de la ville, c’est d’amener nos concitoyens à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation et de concertation, sans arrières pensées et sans démagogie. C’est dans cet esprit que nous entendons poursuivre notre engagement au service des Montreuillois et que nous entendons travailler dans la perspective de 2014 date à laquelle nous remettrons à plat le Plan Local d’Urbanisme.

 

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