Acculturation de la banlieue / ADJANI et... VOYNET

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Publié sur Rue89 (http://www.rue89.com)

« Journée de la jupe » : Adjani et l'« acculturation » de la banlieue

Par Mouloud Akkouche

Créé 03/25/2009 - 11:17


Mardi sur France Inter, Isabelle Adjani parlait du film « La Journée de la jupe ». Si je me souviens bien, elle évoquait « l'acculturisme » ou « l'acculturisation » des jeunes de banlieue.
Bref, elle n'employa pas le terme adéquat.


Mais aucun des journalistes présents au « Fous du Roi » -pourtant une équipe si prompte à la dérision- n'osa rectifier et cette petite erreur passa donc à la trappe. Personne n'est à l'abri des fautes et coquilles (n'hésitez pas à signaler celles de ce papier ayant échappé à la correction) mais, autant faire se peut, essayer d’être le plus rigoureux possible quand on dénonce le manque de culture des autres. Surtout ceux qui y ont le moins accès.


Encore le discours habituel sur la banlieue, me dis-je, prêt à mettre un CD. Erreur totale de ma part ! Alors que  l’émission progressait, mon avis à l’égard de cette star dont je ne connais pas tout le boulot a complètement changé.


Pas l’enveloppe vide à laquelle je m’attendais :  beaucoup plus profonde que les images glacées des magazines à grand tirage. Un discours sur les habitus qui aurait beaucoup plu aux bourdieusistes.


J’avais presque l’impression de m’être trompé et de me retrouver sur France Culture à 3h29 du matin. Une actrice politique, sans langue de bois ou trémolos compassionnels.


N’ayant pas vu le film qu’elle défendait, j’étais néanmoins d’accord avec un grand nombre de ses propos. Faut pas se voiler la face, la bêtise tout-terrain augmente en règle générale, encore plus malheureusement dans les milieux populaires. Et milieu populaire rime bien souvent avec fils et petits-fils d’immigrés.

Un vrai bouillon d’inculture

Un grand nombre (pas tous heureusement) de ces gosses n’ont pas une double culture mais une « double inculture ». Beaucoup ne connaissent pas vraiment la culture de leur pays d’origine -à part déformée par les grandes oreilles sur les balcons de leur cité- et ne connaissent pas la culture française. Et le Français de « souche » qui, pendant la période des Trente Glorieuses, la transmettait, ne la connaît plus non plus.


Un vrai bouillon d'inculture. Et le manque de culture n'est pas l'apanage des enfants d'immigrés, ni des classes populaires. N’en déplaise aussi à d’autres qui font feu de tous bois au moindre fait divers, le crime passionnel n’est pas non plus une caractéristique des populations d’origines maghrébines et africaines. Bertrand Cantat, Louis Althuser ne sont pas  « jeunes beurs ou blacks » de quartiers défavorisés, que l'on sache.


Au fond, ces jeunes imperméables à une forme de culture dite « classique » ne sont-ils pas le reflet de nos dirigeants actuels :  vulgaires, machos, sexistes (demandez à Simone Weil, Ségolène Royal et d’autres...).


Comme quelques-uns de nos gouvernants et d’autres dans l’opposition, ces gosses rêvent de Rolex, de femmes plantureuses vantées par ces mêmes publicitaires qui, pour se donner bonne conscience, dénoncent avec des effets de manche ces sauvages qui s’entretuent et n’ont plus aucun respect de la femme.


Ces soi-disant « sauvageons » ont juste les mêmes goûts que Dray, Sarkozy, Séguéla, sauf qu’ils traînent sans relations ni diplômes aux pieds des barres d’immeubles ou dans les centres commerciaux.


A l’instar de leurs aînés, ils sont eux aussi happés par la même course à l’image et au bruit :  chairs à canon de la guérilla des décibels et de l’Audimat. Même si on ne doit pas minimiser la bêtise de ces jeunes coqs sur Nike Air, il me semble nécessaire de la mettre en perspective. Tous, moi idem, colonisés par l’image.

La muselière Lacoste et la laisse Adidas

Pourquoi aucune chaîne de télé, à part Arte, n’a accepté de produire ce film ? Parce que ce genre de sujet permettant sans manichéisme une réflexion, des polémiques, fait très peur aux patrons des chaînes qui obéissent au doigt et à l’oreille au bling bling ambiant.


Pas de ça chez nous. Balancez leur du Bigard et « Taxi », gardons Godart et Flaubert pour la famille. Ce type de comportement n’est pas uniquement le fait de la droite. Dernièrement, la nouvelle municipalité de Montreuil dirigée par Dominique Voynet révisait à la baisse les budgets d’un centre culturel sous, entre autres, prétexte qu’il proposait de la musique de chambre. Musique jugée trop élitiste par la municipalité. No comment.


N’ayant pas de télé, je n’ai pas pu voir ce film sur Arte. Mon absence de télé n’est pas vraiment une philosophie ;  très vieux, mon poste de poche changeait de chaîne à chaque passage de camion et, pour revenir au programme initial, il fallait taper du pied sur le parquet.


Un jour, il s’est éteint définitivement (la dernière chaîne visible fut étrangement Arte) et, après une AG familiale, nous avons décidé de ne pas le remplacer. Depuis, nous nous régalons de DVD. Dommage pour le foot et ce film « La Journée de la jupe » !


Que faire pour éviter l’acculturation qui inquiète la comédienne et calmer les poussées de machisme urbaines ? Demander à certains jeunes d’être moins cons et bornés, se révolter sans la muselière Lacoste ou laisse Adidas.


Et proposer à nos chers producteurs -quelques-uns pavéistes en 68- de produire des films un peu moins démagos. Bref d’offrir le même niveau de culture aux gosses de cités qu’aux leurs.


Ne serait-ce que pour éviter à leur progéniture d’être victime un jour dans une rue de la barbarie dont ces producteurs sont coresponsables. Pas les seuls. Les auditeurs et les mangeurs d’images que nous sommes pour la plupart ont aussi leur part de responsabilité.


Isabelle Adjani ayant vraiment un discours politique :  pourquoi ne pas la nommer au ministère de la Culture ? Peut-être qu’avec un peu de chance, nous pourrions obtenir une journée du silence. Et sans images.


Au fait, qui veut supprimer le volet « culture générale » aux concours administratifs ?

Publié dans Dans la presse

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